Pour ouvrir le mois d’août, on s’attaque à une actualité juridique brûlante avec le cap fatidique du 2 août.
L’article 50 de l’AI Act européen sur la transparence est désormais applicable.
Et sur le terrain, j’observe ce que j’appelle la panique de la gommette.
Les directions, les agences, les indépendants… tout le monde se précipite pour coller la mention “Généré par IA” partout en pensant se protéger.
Sauf que c’est un mirage. Pire, cela peut être un piège.
L’AI act et le mirage de létiquette

Une mention visible ne suffit pas, et l’étiquette de façade ne remplacera jamais une véritable responsabilité éditoriale. On peut très bien tout étiqueter en vitrine et ne rien pouvoir prouver en cas de contrôle.
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transcription de l’épisode
Bonjour à tous et à toutes et bienvenue c’est jeux d’IA. C’est tout l’été, le Jeudi à… l’heure que vous voulez. On a déjà parlé ensemble des grands principes de conformité et des risques liés aux IA génératives. Et aujourd’hui, je vous propose de faire un focus brûlant sur le RIA. Oui, l’AI ACT, le Règlement Européen sur l’Intelligence Artificielle.
Pourquoi aujourd’hui Parce que la fameuse date couperet du 2 août est tombée. L’article 50 de ce règlement, qui porte sur la transparence, est désormais officiellement et pleinement applicable. Ce n’est plus un projet, c’est la réalité juridique. Et je sais que certains d’entre vous se disent en écoutant ce podcast, bof, l’AI Act, c’est un truc de juriste pour réguler les grands de la technologie, Google, OpenAI et d’autres. Moi, je suis juste freelance, je bosse dans une PME, ça ne me concerne pas. Eh bien, c’est une grosse erreur. Est-ce que vous utilisez ChatGPT pour rédiger des posts sur LinkedIn ?
Est-ce que votre agence génère des images avec mid-journée pour ses clients ? Est-ce que vous avez mis un chatbot sur le site web de votre startup ? Est-ce que vous êtes un influenceur qui monétise ses contenus ? Eh bien, si la réponse à une de ces questions est oui, vous êtes concerné.
L’article 50 ne fait aucune différence entre la multinationale, l’artisan, l’agence de com’ ou l’influenceur. À partir du moment où vous avez une activité professionnelle ou que vous tirez un bénéfice économique de vos contenus, vous tombez sous le coup de la loi européenne. Le seul qui échappe,
c’est le particulier qui fait un deepfake dans sa chambre pour faire rire ses potes sur un groupe privé. Et c’est précisément parce que tout le monde est concerné que l’on observe sur le terrain ce que j’appelle la panique de la gommette. Décis, les directions juridiques, comme les indépendants, sont en sueur. Tout le monde est sur le pont.
Tout le monde essaye de coller des labets avec la mention « Généré par IA ». Absolument partout. Sur les textes, sur les images, sur les vidéos. Sauf que c’est une immense erreur de lecture. On peut tout étiqueter en façade et être impeccable et être incapable de prouver quoi que ce soit en cas de contrôle.
L’AI Act ne veut pas qu’on tapisse Internet d’autocollant. Non, il veut qu’on assume. Reprenons l’article 50. Quel est son but absolu ? On l’entend partout en ce moment. C’est de permettre au public de différencier le vrai du faux. L’obligation vise avant tout les contenus susceptibles d’induire les gens en erreur.
Si un client parle à une machine et croit parler à un humain, c’est une tromperie. S’il regarde une vidéo truquée, un deepfake, et le prend pour la réalité, c’est un danger. C’est pour ça que la loi impose d’informer le public. Et si vous l’ignorez La sanction n’est pas une tape sur les doigts, non, c’est une amende pouvant atteindre 15 millions d’euros ou 3% de votre chiffre d’affaires mondial. Ça fait cher le post-it oublié quand même, non ? Mais attention au piège fondamental de croire que l’étiquette vous protège. Oui, ce post-it, cette gommette avec l’indication, l’information généré par IA. Eh bien, la transparence visible est Ce n’est pas de la responsabilité.
Et non, le législateur européen a séparé les choses en deux étages. Le premier étage, c’est la provenance technique, côté fournisseur. Les créateurs d’outils doivent intégrer des marquages détectables par la machine, comme des filigranes numériques invisibles, un watermark ou des métadonnées. Le deuxième étage, c’est l’information du public.
Côté déployeur, c’est-à-dire vous, vous devez avertir les gens avec un bandeau ou une mention. C’est une obligation légale. Oui, mais cette étiquette est une condition nécessaire, mais pas suffisante. Prenons un exemple concret. Vous appelez le service client de votre opérateur téléphonique ou de votre assurance. Au bout du fil, une voix ultra fluide vous répond.
Pour cocher la case de l’article 50, l’entreprise a mis un message d’accueil. Bonjour, pour améliorer notre service, je suis votre assistant virtuel généré par IA. Très bien. L’utilisateur est informé. Le risque de tromperie initiale est écarté. Mais plongeons dans la réalité opérationnelle. Imaginez que cet assistant vocal déraille au bout d’un 5 minutes. Il hallucine.
Il vous résilie votre contrat sans raison ou vous promet un remboursement de 5000 euros auquel vous n’avez pas le droit. Dommage. Eh bien, vous croyez vraiment que le directeur juridique de l’entreprise va pouvoir aller devant un juge et plaider Oh, mais attendez, on l’avait bien dit que c’était une IA au début de l’appel. On a mis l’étiquette.
On décline toute responsabilité. Eh bien, bien sûr que non. C’est absurde. Le régulateur ne va pas regarder l’étiquette, il va auditer le processus interne. Qui a paramétré les filtres de sécurité de cette IA Qui a testé ses limites avant la mise en production ? Et surtout, qui a pris la décision technique de lui donner un accès en écriture à la base de données clients pour agir en temps réel ? Si vous n’avez aucune documentation, votre étiquette ne vous protège de rien ! Et c’est exactement la même mécanique avec la génération de contenu marketing ou de communication. Un autre exemple.
Vous clonez la voix de votre PDG pour produire un spot radio urgent. Techniquement, l’outil intègre un marqueur audio invisible. Et à la fin du spot, on ajoute le disclaimer, voix générée par synthèse. OK. Mais si cette voix annonce un faux chiffre financier qui fait dévisser votre action bourse, la conformité ne sera pas dans le disclaimer à la fin du spot. La conformité, ce sera de pouvoir sortir un dossier qui prouve le cheminement. Voici le script textuel initial, voici la transformation opérée par l’IA, voici la validation par le service com et voici le bon tiré signé par le directeur de publication.
Et c’est là qu’on touche au génie du texte européen. Tout le monde vous répète que l’objectif de la loi, c’est de toujours savoir si un contenu a été créé par une IA. Et pourtant, il y a un paradoxe fascinant dans l’article 50. Si vous générez un texte avec une IA, savez-vous à quel moment vous n’êtes pas obligé de l’étiqueter ? Eh bien, tout simplement quand un humain l’a relu sur le fond, l’a validé et en assume la responsabilité éditoriale. Mais attention, on ne parle pas d’appuyer sur le bouton générer, de lire en diagonale et de signer en bas de la page.
Non, non, ça ne marche pas comme ça. La loi demande une vraie implication. Prenons un exemple. Imaginez un journaliste ou un expert qui fait une veille documentaire sur 10 articles différents. Il demande à une IA de lui faire un brouillon de synthèse. Ensuite, il reprend ce brouillon, il corrige des termes, il fait des recherches, il rajoute son analyse personnelle, il vérifie les faits et enfin, il signe l’article de son nom. Dans ce cas précis, la loi considère que la machine n’a été qu’un outil d’assistance, comme un super correcteur orthographique ou un prêt de plume. Et l’étiquette devient totalement inutile. Eh oui, le législateur nous le dit noir sur blanc.
L’authenticité, ce n’est pas de savoir quel logiciel vous avez utilisé. L’authenticité, c’est de savoir qui garantit l’information. C’est la preuve absolue que la loi cherche un responsable et pas un logo. Alors, concrètement, que fait-on au quotidien pour être dans les clous ? Eh bien, on arrête de regarder l’écran et on regarde le moteur. Tout simplement.
Face à n’importe quel contenu généré ou système interactif, cinq questions fondamentales. La première, que représente réellement ce contenu ? Est-ce de l’information, de l’illustration, du conseil Puis, ce contenu peut-il être pris pour vrai par une personne non avertie ou vulnérable ? Ensuite, quelle est la transformation exacte que l’IA a réalisée par rapport à la donnée de départ ? Et bien sûr, qui a contrôlé ce résultat ? Quel est le nom ou la fonction de l’humain qui a vérifié ? Et enfin, qui assume la publication d’un point de vue légal ou éditorial ? Si vous savez répondre à ces cinq questions, vous n’avez pas juste collé une étiquette, vous avez structuré une véritable gouvernance.
En résumé, pour l’AI Act, le RIA, ne confondez pas la vitrine et l’arrière boutique. La conformité, ce n’est pas d’afficher des étiquettes partout pour vous donner bonne conscience ou pour rassurer le public en surface. La vraie conformité est totalement invisible pour l’utilisateur final. Elle réside dans vos procédures, dans votre documentation interne et dans le fameux test de processus. N’oubliez jamais cette règle d’or. L’intelligence artificielle propose, l’intelligence artificielle génère, l’intelligence artificielle transforme. Mais à la fin de la journée, c’est toujours l’humain qui signe et qui assume. Je vous remercie de votre écoute et vous dis à très vite pour un prochain Jeux d’IA, le jeudi à.. l’heure que vous voulez. Restez curieux et à très vite.

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